L’école du soupçon
Les dérives de la lutte contre la pédophilie
Depuis l'adoption en août 1997 de la circulaire Royal (Ségolène),
qui impose le signalement au procureur du moindre « fait » suspect,
les accusations de pédophilie en milieu scolaire se sont multipliées.
D'authentiques coupables ont été démasqués, mais des centaines d'innocents
ont également vu leur vie brisée. Or, depuis 1999, près de trois affaires
sur quatre (73 %) se sont conclues par un classement sans suite, un non-lieu
ou une relaxe. Marie-Monique Robin rapporte ici des témoignages bouleversants
d'enseignants injustement mis en cause. Et elle explique comment la plupart de
leurs collègues ont modifié en profondeur leurs comportements vis-à-vis des
élèves, s'interdisant désormais le moindre contact physique. Entre la
protection des victimes et le respect de la présomption d'innocence, faut-il
vraiment choisir ? L'alerte à l'enseignant pédophile nous interpelle sur
l'école que nous souhaitons : celle du soupçon ou celle de la confiance ? Et
sur la société de demain, où les enfants d'aujourd'hui auront été conditionnés
à assimiler à la perversion tout contact physique avec l'adulte.
Personne n’est plus à l’abri d’un règlement de compte ou d’une rumeur malveillante. Et certains élèves ont compris que la meilleure façon de régler son compte à un enseignant, c’est de l’accuser d’agression sexuelle.
Les adultes victimes de ces fausses allégations, en basculant dans la catégorie infamante du pédophile, ont subi de plein fouet les dérives d’une machine judiciaire qui en est arrivée à inverser la charge de la preuve et à remplacer la présomption d’innocence par la présomption de crédibilité de la parole de l’enfant. Le plus inquiétant, c’est que la haute administration ait pu affirmer un moment qu’il valait mieux sacrifier neuf adultes innocents que de risquer de passer à côté d’un enfant victime...
Mes élèves peuvent s'entre-tuer dans le vestiaire, je n'y entrerai pas. Je préfère être accusé de non-assistance à personne en danger que d'agression sexuelle sur mineur. Dans un cas, je pourrai me défendre, dans l'autre non. (Bruno, professeur d'éducation physique)
Biographie de l'auteur
Marie-Monique Robin est née en 1960. Elle est lauréate du Prix Albert-Londres (1995). Journaliste et réalisatrice, elle a réalisé de nombreux documentaires - couronnés par une dizaine de prix internationaux et reportages tournés en Amérique latine, Afrique, Europe et Asie. Elle est aussi l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Voleurs d'organes, enquête sur un trafic (Bayard, 1996), Les 100 photos du siècle (Éditions du Chêne, 1999) et Escadrons de la mort, L'école française (La Découverte, 2004).
* Auteure : Marie-Monique Robin
* Éditions La découverte
*334 pages
* 19 €
* ISBN-10: 2707146757
* ISBN-13: 978-2707146755