Éloge des frontières
En France, tout ce qui pèse et qui compte se veut et se dit « sans frontières ». Et si le sans-frontiérisme était un leurre, une fuite, une lâcheté ? Partout sur la mappemonde et contre toute attente se creusent ou renaissent de nouvelles et d'antiques frontières. Telle est la réalité. En bon Européen, je choisis de célébrer ce que d'autres déplorent : la frontière comme vaccin contre l'épidémie des murs, remède à l'indifférence et sauvegarde du vivant. D'où ce Manifeste à rebrousse-poil qui étonne et détonne, mais qui, déchiffrant notre passé, ose faire face à l'avenir.
Le principe d'universalisme sans frontières part d'une intention a priori incontestable : celle d'une harmonisation suprême des rapports humains et d'une gouvernance mondiale enfin pacifiée. Mais il faut être bien naïf pour ne pas voir, derrière ces prétextes mielleux, des préoccupations autrement plus discutables : celles d'assurer à un clan une domination sans partage et sans frein sur tous les autres.
Surprenant ?
Lorsque par le passé, il se trouva que quelques frontières furent abolies, ce ne fut JAMAIS par des éléments libérateurs ou émancipateurs, mais TOUJOURS par des forces brutales d'occupation qui les piétinaient : romaines, napoléoniennes, nazies…
La mondialisation actuelle répond aux mêmes désolantes pulsions. Elle est au monde trouble de la finance ce que l'internationalisme prolétarien fut aux pseudo-marxistes soviétiques et l'évangélisation des impies aux croisés chrétiens ou aux colonisateurs occidentaux
* Auteur : Régis Debray
* Éditeur : Gallimard
* Collection : Blanche
* 95 pages
* Prix : 7,50 €
* ISBN-10: 2070131580
* ISBN-13: 978-2070131587