La Norvège, bientôt une nation défaillante ?

Il n’est pas improbable que nous finissions par avoir en Norvège un paysage politique où les affrontements seront basés sur l’ethnicité et la religion. La législation est déjà largement adaptée à cette nouvelle forme de société qui ressemble de plus en plus à un combat anarchique de tous contre tous.
En particulier le débat actuel sur l’hijab a bien montré que les jeunes d’origine immigrée qui ont de l’instruction sont de très bons orateurs, avides de débattre. Les arguments qu’ils utilisent sont souvent de pures inventions rhétoriques où ils s’emparent de concepts clés tels que la liberté religieuse ou la liberté d’expression, qu’ils transforment en fonction de leur propre perception de la réalité, en fonction de l’objectif à atteindre. Il s’avère que la plupart des Norvégiens ne sont pas prêts pour un tel débat. Nous n’avons jamais encore été contraints à une prise de conscience de ces concepts démocratiques de base, car ces concepts ont été acceptés d’un parfait consensus dans la société monoculturelle homogène dans laquelle nous vivions.
Il y a une pression, une agressivité et une volonté de puissance chez les jeunes issus de l’immigration, qui vont changer la société norvégienne en profondeur, et cela, en très peu de temps. Ceux qui ne prennent pas au sérieux ces jeunes et leur rhétorique revendicative, mais qui les considèrent avec un paternalisme condescendant font une erreur monumentale.
Il est bien connu qu’aux États-Unis, la première génération d’immigrés n’ont pas de fortes chances de réussir matériellement ou politiquement. La deuxième génération est née dans la nouvelle culture et la connaît parfaitement; ces jeunes ont donc une capacité très différente de mobilité sociale. Quand la première génération ne pense pas d’abord à elle-même, mais à préparer les conditions les meilleures possible pour la génération suivante, cela crée des synergies et un climat psychologique qui est extrêmement bénéfique et favorable au progrès. Cela constitue tout simplement une incroyable force motrice dans la société.
Aux États-Unis, qui ne sont pas seulement un pays, mais aussi une idée, ces forces motrices sont capturées, et utilisées par la société dans son ensemble, dans un système faisant jouer une concurrence impitoyable sur tous les plans. Cette concurrence se concentre au niveau individuel, mais elle a un effet positif pour le bien commun de la nation. Tous ont une chance de réussir dans un paysage concurrentiel ouvert: des passe-droits accordés sur la base de l’ethnicité ou de la religion sont de l’ordre du tabou, car de tels avantages sont en conflit avec les valeurs de bases de cette société moderne, sécularisée, libérale et démocratique.
En Norvège, toutefois, la société est toute autre. Les jeunes immigrés dont je parle ont une telle énergie dans leurs discours et leurs prises de position qu’ils arrivent à mettre hors course beaucoup de jeunes Norvégiens de souche. Le racisme norvégien, qui agit sous couvert de la notion d’anti-racisme, donne également à ces jeunes immigrés un avantage important, qui finit par démoraliser leurs concurrents. La Norvège, fondamentalement, n’est pas une méritocratie, mais elle se prépare à devenir une « ethnocratie » et une théocratie.
En raison de la politique d’immigration complètement irrationnelle qui a été suivie, et de l’échec complet de la politique d’intégration, ces jeunes revendicatifs d’origine immigrée n’ont pas été socialisés dans un cadre de pensée moderne, libéral, sécularisé et démocratique. Les idéologues de la démocratie sociale norvégienne n’ont pas compris ces bases de l’idéologie moderne. Au lieu de cela, ces jeunes ont été socialisés en pensant ‘droits spéciaux dus aux minorités et « traitements de faveur ». C’est ce qui nous frappe de plein fouet aujourd’hui. Nous voyons tout simplement le résultat de la déclaration de faillite politique de toute une génération. En une seule génération, les soixante-huitards ont réussi à détruire une société qui fonctionnait bien. Il n’en fallait pas plus pour détruire un petit pays comme la Norvège.
L’avenir est certainement écrit en termes de conflits.
C’est l’héritage que les soixante-huitards nous laissent. Ils ont pensé à eux-mêmes et non pas à leurs descendants. Ils ont construit un château de sable sur la base d’une idéologie vacillante, aussi inconsistante que les nuages et en rien terre-à-terre. Une expérience titanesque dont ils n’ont pas eux-mêmes à goûter les conséquences. Lentement, ils peuvent laisser la place, et laisser la guerre à leurs descendants.
Qu’adviendra-t-il de nous, les descendants ? Oui, nous avons déjà compris que nous devons commencer à lutter. Lutter pour ne pas être totalement dominés par les droits spéciaux à accorder à des religions archaïques et obscurantistes - et ici il s’agit de faire une distinction importante entre l’islam et le christianisme, nul ne peut le nier ! Lutter contre les discriminations sur base ethnique. Lutter contre ce qui, d’ici quelques décennies, sera la tyrannie d’une majorité de la population dans une démocratie qui ne sera plus que superficielle.
La démocratie telle que nous la connaissons va changer.
Elle deviendra un jeu d’influence pour la mise en place de droits spéciaux à accorder à certains groupes : c’est ce à quoi on forme les nouveaux immigrés, et c’est ce dont nous voyons les premiers effets aujourd’hui. Il suffit de considérer avec tristesse que les thèmes des débats les plus intenses en Norvège aujourd’hui sont le port de l’hijab et le délit de blasphème. Ce sont déjà ces jeunes immigrés revendicatifs et bons rhétoriciens qui décident des thèmes à l’ordre du jour, au nom d’un large groupe de personnes illettrées qui restent silencieuses, des personnes à qui des imams parlent en ourdou, en arabe ou en Somali. La société norvégienne a déjà beaucoup changé, et cela va empirer.
Pour moi, ce n’est pas si grave. Je peux vivre dans la résignation. Mais j’ai des enfants et je veux que mes enfants puissent vivre libres. Je remarque que, à la base de mes pensées les plus profondes, l’idée qu’abandonner la Norvège pour de bon fait son chemin comme la meilleure solution. Car mon amour pour mes descendants est plus fort que mon amour pour une nation défaillante.
Le fait que les sociaux-démocrates commencent a baisser les voiles sur certains de leurs projets sociaux est la preuve que la situation sociale est en train de partir en vrille, complètement hors de contrôle, et qu’elle s’en va dans le sens d’une intensification des conflits. Je dis régulièrement aux Américains qu’ils peuvent s’attendre à une nouvelle vague d’immigrants venus d’Europe. De nouveaux groupes de personnes persécutées par des systèmes religieux ou politiques contribueront au fait que la société moderne, laïque, libérale et démocratique américaine pourra survivre.
Les États-Unis semblent être le dernier rempart de la liberté.
Sorle S. Hovdenak